La retraite par capitalisation, c’est quand vos cotisations sont placées sur les marchés, puis vous reviennent sous forme de revenu à la retraite. La France fonctionne presque entièrement sur l’autre système, la répartition, où les cotisations des actifs paient chaque mois les pensions des retraités. Le simulateur de Gustav permet de répondre chiffres en main : à cotisation égale, la capitalisation verse davantage, surtout si ses frais restent bas, et en échange de risques que la répartition ne vous fait pas porter.

Qu’est-ce que la retraite par capitalisation ?

La retraite par capitalisation, c’est un système où les cotisations de chaque actif sont épargnées et investies en actions, en obligations ou en immobilier, puis lui sont reversées à la retraite.

Une fois à la retraite, le capital devient un revenu de deux façons. Soit il est converti en rente viagère, un versement mensuel garanti jusqu’au décès, soit il est retiré petit à petit, avec le risque de l’épuiser si vous vivez plus longtemps que prévu.

La retraite par répartition, c’est l’inverse : un système où les cotisations prélevées sur les salaires d’un mois paient les pensions versées le même mois. Vous n’accumulez aucun capital, seulement des droits, que les salariés de demain financeront.

Quelle différence entre retraite par répartition et par capitalisation ?

Pour les distinguer, suivez l’euro prélevé sur votre fiche de paie.

RépartitionCapitalisation
Où va votre cotisationElle paie tout de suite les pensions des retraités actuelsElle est placée, sur un compte à votre nom ou dans un fonds collectif
Ce que vous accumulezDes droits : trimestres pour la retraite de base, points pour la complémentaireUn capital
Ce qui fixe le montant de votre retraiteLes règles de calcul le jour du départ, financées par les salariés de demainLes sommes versées, ce qu’elles ont rapporté et les frais prélevés
Ce qui fait varier ce que le système rapporteLa croissance de l’emploi et des salairesLes marchés financiers

Qu’est-ce qu’un fonds de pension ?

Un fonds de pension, c’est un organisme qui collecte des cotisations de retraite, les investit, puis verse les pensions. Il peut gérer un compte par personne ou un pot commun : on parle alors de capitalisation individuelle ou collective.

Ce choix décide de qui porte le risque. Avec un compte individuel, c’est vous seul qui subissez un krach survenu juste avant votre départ ; dans un fonds collectif, le choc se partage entre tous les membres, et le fonds peut même prévoir une part de solidarité.

La retraite par capitalisation existe-t-elle déjà en France ?

Oui, mais à la marge : en 2024, l’épargne retraite supplémentaire gérée par les assureurs n’a versé que 8,9 milliards d’euros, soit 2,2 % de l’ensemble des pensions. Même en y ajoutant la retraite additionnelle des fonctionnaires et la caisse des pharmaciens, la capitalisation reste marginale.

Tout le reste passe par la répartition. Un salarié du privé, cadre ou non, touche d’ailleurs deux pensions de ce type : la retraite de base de l’Assurance retraite, calculée en trimestres, et la retraite complémentaire de l’Agirc-Arrco, calculée en points.

Ça n’a pas toujours été le cas. Les retraites ouvrières et paysannes de 1910 et les assurances sociales de 1928-1930 fonctionnaient par capitalisation. Mal protégées contre la hausse des prix, elles n’ont pas résisté à la crise des années 1930 ni à l’inflation de la guerre : en 1941, un régime par répartition a pris le relais, en utilisant l’argent qu’elles avaient accumulé pour payer tout de suite des pensions.

Où trouve-t-on déjà de la capitalisation en France ?

Deux régimes obligatoires fonctionnent par capitalisation collective.

La retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP) concerne les fonctionnaires. Elle prélève 10 % sur leurs primes, payés moitié par l’agent et moitié par l’employeur. Les primes ne comptent que jusqu’à 20 % du traitement indiciaire, le salaire de base des fonctionnaires, et le portefeuille valait 53,6 milliards d’euros fin 2025.

La caisse des pharmaciens libéraux (CAVP) gère une partie de sa retraite complémentaire de la même façon. À eux deux, ces régimes détiennent 61,2 milliards d’euros de placements.

Le plan d’épargne retraite (PER), créé en 2019, rassemblait 150,4 milliards d’euros et 12,9 millions de titulaires fin 2025. Il est le plus souvent individuel et facultatif, mais un employeur peut aussi en imposer un à ses salariés.

Attention enfin à ne pas confondre capitalisation et réserves. Les caisses de retraite ont mis de côté 223,9 milliards d’euros les bonnes années, mais ces réserves servent à amortir un choc ou un creux de trésorerie, pas à financer la pension de quelqu’un en particulier.

La retraite par capitalisation est-elle plus rentable que la répartition ?

Dans nos simulations, oui, surtout si les frais restent bas. Mais la comparaison demande de la prudence, parce que les deux systèmes ne se mesurent pas avec le même instrument.

Sauf mention contraire, les rendements cités dans cet article sont réels, c’est-à-dire inflation déduite. Un placement qui rapporte 5 % une année où les prix montent de 2 % ne vous enrichit que d’environ 3 %.

Quel est le rendement de la retraite par répartition ?

Le rendement d’un système de retraite, c’est le taux d’intérêt qui rend équivalents ce que vous avez cotisé et ce que vous toucherez jusqu’à votre décès. En répartition, il suit la croissance de l’économie : plus de cotisants et des salaires plus élevés permettent de verser des pensions plus généreuses.

Or le système comptait 2,1 cotisants par retraité en 2002, il en compte 1,8 en 2025 et en comptera 1,3 en 2070. Côté salaires, le Conseil d’orientation des retraites (COR) ne retient que 0,7 % de gains de productivité par an dans son scénario de référence.

Pour un salarié non-cadre du privé à carrière complète, le COR calcule ce rendement après inflation, génération par génération :

Année de naissanceRendement réel des cotisations retraite, par an
19403,0 %
19502,3 %
19601,7 %
19701,4 %
19801,4 %
19901,5 %
20001,5 %

Les premières générations ont profité d’une forte croissance et de cotisations faibles. Le rendement a ensuite baissé à mesure que les réformes allongeaient la durée de cotisation et reculaient l’âge de départ, puis il s’est stabilisé entre 1,3 % et 1,5 % pour les personnes nées depuis les années 1970.

Deux précautions avant d’utiliser ce chiffre. Le COR le calcule pour un salaire égal à la moyenne du tiers le moins bien payé des salariés, et il prévient lui-même que cet indicateur ne permet pas de comparer la répartition à un placement. C’est pourquoi le simulateur compare des revenus calculés sur les mêmes cotisations, et non des taux.

Quel rendement attendre des marchés sur une carrière ?

Les marchés d’actions rapportent davantage, mais avec des à-coups. Rejoué sur toutes les périodes de quarante ans depuis 1871, un indice d’actions de pays développés, pondéré par la taille de leur économie, a rapporté une médiane de 6,24 % par an après inflation, avec des versements mensuels : la moitié des périodes a fait mieux.

Une période sur dix a fait moins de 4,48 % par an : c’est ce « décile bas » que retient le simulateur de Gustav, arrondi à 4,5 %. Ces périodes se chevauchent largement, et les Bourses qui ont disparu en route ne sont pas comptées : le chiffre est un repère, pas une garantie.

Surtout, ce rendement s’entend avant frais. Dans un PER investi en fonds actions, les frais de gestion du contrat atteignent 0,91 % par an en moyenne, et ceux des fonds actions logés dans les contrats d’assurance 1,80 %, soit de l’ordre de 2,7 % par an en les additionnant. Chaque versement supporte en plus 1,51 % de frais en moyenne, alors qu’un fonds indiciel (ETF), qui se contente de reproduire un indice boursier, coûte bien moins cher.

Pourquoi les chiffres qui circulent exagèrent-ils l’écart ?

Un chiffre revient dans le débat depuis 2020 : 1 euro cotisé en 1982 vaudrait 21,90 € en capitalisation, contre 1,93 € en répartition. Il vient d’une note de la banque Natixis signée par l’économiste Patrick Artus.

Le calcul n’est pas faux, mais il flatte la capitalisation. Il porte sur un portefeuille moitié actions françaises, moitié obligations d’État, entre 1982 et 2019, une période portée par la baisse des taux d’intérêt et la hausse de la Bourse. Et il suit un euro cotisé en 1982, alors qu’un salarié cotise chaque mois pendant quarante ans : ses derniers euros n’ont que quelques années pour fructifier.

Ces rendements sont aussi calculés sur des indices boursiers, donc avant tous frais.

Combien rapporteraient vos cotisations si elles étaient investies ?

Le simulateur retraite de Gustav fait tourner les deux systèmes sur la même carrière, en euros d’aujourd’hui, avec des hypothèses publiées. Certaines sont prudentes, d’autres favorisent la capitalisation, et chacune indique son effet :

HypothèseValeur retenueEffet sur la comparaison
Salarié3 200 € brut par mois à 40 ans, carrière commencée à 22 ans, salaire en hausse de 0,7 % par anCarrière passée reconstituée
Départ64 ans, avec 168 trimestres sur les 172 requisLégère décote, la réduction de pension quand il manque des trimestres : défavorable à la répartition
Cotisations27,98 % du salaire brut, part de l’employeur comprise, soit 895 € par mois à 3 200 €Toutes placées : favorable à la capitalisation
Placement100 % en actions jusqu’au départ, 4,5 % par an après inflationRendement prudent, mais allocation risquée : un PER en gestion pilotée réduit les actions avant le départ
Frais0,25 % par an, sans frais sur versementsFavorable : un PER moyen coûte bien plus
Pendant la retraiteLe capital rapporte encore 2 % par an, et le revenu suit l’inflationFavorable à la capitalisation
Calcul du revenuRente viagère au prix coûtant, sur l’espérance de vie projetée au départ (25 ans, plus 3 ans pour la réversion)Favorable : ni frais ni marge de prudence d’assureur
Réversion60 % du revenu versés au conjoint survivantMême taux que la complémentaire Agirc-Arrco
Prélèvements et impôt9,1 % de prélèvements sociaux puis le barème, pour une part fiscale, des deux côtésNeutre : les cotisations ont échappé à l’impôt, le revenu y est soumis à la sortie

Avec ces hypothèses, les cotisations placées forment à 64 ans un capital de 1 198 167 €. Converti en rente viagère sans frais, il verserait 3 595 € par mois après prélèvements et impôt, contre 1 911 € de pension pour la même carrière en répartition. C’est plus que le dernier salaire une fois l’impôt payé (2 630 €), parce que 28 % du salaire brut, part patronale comprise, auraient été placés chaque mois pendant 42 ans.

Ce résultat bouge beaucoup avec les réglages, et deux d’entre eux pèsent particulièrement lourd : les frais, retirés chaque année du rendement, et ce que le capital rapporte une fois à la retraite. Toutes autres hypothèses égales, le simulateur donne ceci :

Frais par anRendement du capital pendant la retraiteRevenu tiré du capital, après prélèvements et impôtÉcart avec la pension de 1 911 €
0,25 % (fonds indiciel)2 %3 595 €+1 684 €
1 %2 %3 106 €+1 195 €
1 %0 %2 515 €+604 €
Environ 2,7 % (PER moyen en fonds actions, hors frais sur versements)2 %2 235 €+324 €
Environ 2,7 %0 %1 738 €−173 €

Autrement dit, la capitalisation garde un net avantage tant que ses frais restent autour de 1 % par an. Aux frais moyens d’un PER, cet avantage devient mince, et si le capital ne rapporte plus rien pendant la retraite, la répartition passe devant.

Même avec des frais bas, un scénario inverse le résultat : dans la pire des 109 périodes de 42 ans rejouées, et avec un capital qui ne rapporte plus rien une fois à la retraite, le revenu tomberait à 1 690 € par mois, sous la pension.

L’écart du cas type est donc un gain probable, pas garanti : il rémunère des risques que la répartition ne vous fait pas porter, et ne compte pas les protections que vos cotisations financent aussi. Le curseur « part des cotisations réellement investie » du simulateur permet de ne placer que la part qui ne finance pas ces protections : à 80 %, l’écart tombe à 1 096 €.

Quels sont les inconvénients de la retraite par capitalisation ?

Sur le papier, la capitalisation rapporte plus. En pratique, elle fait porter des risques à l’épargnant et ne finance pas tout ce que finance la répartition.

Quels risques la capitalisation fait-elle porter à l’épargnant ?

Votre capital dépend de l’époque. Dans le cas type, le capital atteint 1 198 167 € avec un rendement de 4,5 %, mais 653 408 € seulement dans la pire période historique. Les marchés sont bien plus volatils que la croissance de l’économie, qui fait le rendement de la répartition.

Un krach juste avant le départ coûte le plus cher. Il ampute le capital au moment où il est le plus gros, quand il ne reste plus d’années pour se refaire. Sur une durée courte, un capital placé en actions peut même valoir moins que ce que vous avez versé.

Vous pouvez vivre plus longtemps que votre capital. Retiré petit à petit, il peut s’épuiser avant vous. Seule la rente viagère supprime ce risque, en échange d’un capital qui ne se transmet plus.

Un fonds n’échappe pas à la politique. Pendant le Covid, le Chili a autorisé des retraits exceptionnels qui ont fortement réduit l’épargne des salariés les plus modestes. Plusieurs pays d’Europe centrale sont aussi revenus en arrière après avoir introduit une part de capitalisation.

Que finance la répartition en plus de votre pension ?

Une partie de vos cotisations n’achète pas votre pension : elle finance une solidarité entre assurés. Une capitalisation collective peut en organiser une partie, un compte individuel beaucoup plus difficilement.

Vous validez des trimestres sans cotiser. Un trimestre est compté pour 50 jours de chômage indemnisé, pour 60 jours d’arrêt maladie ou 90 jours de congé maternité, et pendant une invalidité.

Votre conjoint touche une réversion. Au décès d’un assuré, son conjoint marié touche 54 % de sa retraite de base sous conditions de ressources, et 60 % de sa complémentaire sans condition de ressources.

Les petites pensions ont un plancher. Le minimum de pension protège les petites carrières qui partent à taux plein.

Les retraites de base suivent les prix. La règle légale les revalorise chaque année sur l’inflation, d’où leur hausse de 0,9 % au 1er janvier 2026. Cette règle ne vaut pas pour la complémentaire, dont la revalorisation dépend d’un accord entre syndicats et patronat.

Pourquoi la France ne bascule-t-elle pas vers la capitalisation ?

Parce qu’il faut continuer à financer 422 milliards d’euros de dépenses de retraite chaque année. Si les cotisations d’aujourd’hui partaient sur des comptes, les retraités actuels n’auraient plus de revenu.

Le coût de transition, c’est cette double contribution des actifs : pendant des décennies, ils doivent financer à la fois la retraite de leurs aînés et leur propre capital. Il n’existe que trois façons de le payer : faire cotiser davantage les actifs, revaloriser moins les pensions en cours, ou mettre l’État à contribution.

L’obstacle n’est pas forcément insurmontable. Devant le COR en décembre 2025, Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI, a jugé la transition « résolvable » de deux façons : ne capitaliser qu’une petite partie des cotisations, ou aller plus loin en empruntant pour étaler l’effort. Il préfère un fonds commun à des comptes individuels, pour limiter les frais, et juge l’opération « probablement gagnante ».

Il y met pourtant deux réserves. Le rendement des marchés, une fois compté le risque de pertes qu’il faut accepter pour l’obtenir, reste selon lui proche de celui de la répartition. Et « les réformes du système par répartition sont peut-être plus importantes et plus urgentes ».

Répartition ou capitalisation : quels avantages et inconvénients ?

Les deux systèmes ne protègent pas contre les mêmes risques :

RépartitionCapitalisation
Ce qui fait le rendementLa croissance de l’emploi et des salairesLes marchés, diminués des frais
Risque principalDémographique et politique : les règles changent en cours de carrièreFinancier (krach, date de départ), sans échapper au vieillissement ni à la politique
Protections inclusesRéversion, trimestres de chômage et de maladie, minimum de pensionCelles que vous payez, comme une rente réversible, ou celles d’un fonds collectif
TransmissionAucune, sauf la réversion au conjointLe capital se transmet tant qu’il n’est pas converti en rente

Lire aussi : Taux de remplacement à la retraite : combien vous toucherez vraiment, pour savoir ce que la répartition vous versera, profil par profil.

Quels pays ont choisi la retraite par capitalisation ?

Les pays qui capitalisent le plus ont pour la plupart un système mixte : une pension publique en répartition, à laquelle s’ajoute un étage placé sur les marchés. Le poids de cet étage se mesure à l’épargne retraite accumulée :

PaysÉpargne retraite accumulée, en % du PIB (fin 2024)
Pays-Bas150,3 %
Suède114,8 %
Ensemble des pays de l’OCDE (dont près de 70 % d’actifs détenus aux États-Unis)92,4 %
Chili59,3 %
France12,9 %

Ce pourcentage mesure un stock d’épargne, bien au-delà du seul PER, et non les pensions versées chaque année. La France peut donc détenir l’équivalent de 12,9 % de son PIB en épargne retraite tout en ne versant que 2,2 % de ses pensions par capitalisation.

Aux Pays-Bas, l’État verse une pension de base financée par répartition. Au-dessus, des fonds de pension de branche ou d’entreprise couvrent environ 90 % des salariés, et les deux étages versent des montants comparables.

Le pays ne passe pas de la répartition à la capitalisation : il réforme ses fonds de pension, qui doivent d’ici au 1er janvier 2028 remplacer des pensions promises à l’avance par des pensions liées à l’épargne accumulée.

En Suède, sur les 18,5 % du salaire consacrés à la retraite publique, 16 % restent en répartition et 2,5 % sont placés sur des fonds choisis par chaque salarié. La part placée représente 13,5 % de la cotisation, l’ordre de grandeur de la « dose » de capitalisation discutée en France. Un deuxième étage d’entreprise, lui aussi par capitalisation, couvre environ 90 % des salariés suédois.

Au Chili, le système créé en 1980 a remplacé la répartition par des comptes individuels obligatoires, alimentés par 10 % du salaire. Pour les retraités partis entre 2007 et 2014, la pension médiane représentait 34 % des revenus des dix dernières années, et 45 % avec l’aide publique. Même pour le quart des retraités ayant le plus cotisé, plus de 23 ans, ce taux médian n’atteignait que 46 %.

Deux raisons pèsent lourd : un taux de cotisation de 10 %, contre près de 28 % prélevés en France pour la retraite, et des carrières souvent incomplètes. Le pays a ajouté une pension de solidarité en 2008, puis voté en 2025 une cotisation patronale de 8,5 %, montée sur neuf ans : 4,5 points iront directement aux comptes individuels, 1,5 point à un fonds public qui le leur restituera avec intérêts, et 2,5 points à une assurance sociale.

Retraite par capitalisation : où en est le débat en France en 2026 ?

Le sujet revient à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, dans un système en déficit et après une réforme mise à l’arrêt. Celle de 2023, qui repoussait l’âge légal à 64 ans, est suspendue jusqu’en 2028. Concrètement, l’âge légal est ramené à 62 ans et 9 mois pour les personnes nées en 1964, puis la hausse reprend d’environ un trimestre par génération, jusqu’à 64 ans pour celles nées à partir de 1969.

Le système a enregistré un déficit de 5,1 milliards d’euros en 2025. Le COR prévoit aussi que la pension moyenne, rapportée au revenu moyen des actifs, passe de 54,6 % à 45,3 % d’ici 2070 : elle progresserait de 11 % en valeur réelle, mais bien moins vite que les salaires.

À l’Agirc-Arrco, faute d’accord entre syndicats et patronat, les pensions complémentaires n’ont pas été revalorisées au 1er novembre 2025. Ce gel rappelle que la répartition porte aussi son risque : voir ses règles changer en cours de route.

Depuis juin 2025, plusieurs responsables ont mis une proposition sur la table, et d’autres s’y opposent :

QuiQuandPosition
Édouard Philippe (Horizons)Juin 2025Environ 15 % de capitalisation, en complément de la répartition
Bruno Retailleau (LR)Octobre 2025Un fonds souverain de 1 000 milliards d’euros, un fonds d’investissement public qui s’ajouterait à la base et à la complémentaire
Gabriel Attal (Renaissance)Novembre 2025Une capitalisation « obligatoire, collective et solidaire », avec un compte doté de 1 000 € dès la naissance
Marine Le Pen (RN)Juin 2026Une part de capitalisation volontaire
Association française de la gestion financière (AFG), qui représente les sociétés de gestionJuin 2026Un régime complémentaire par capitalisation pour les salariés du privé
Patrick Martin (Medef)Juillet 2026Pour un système par capitalisation
Trois députés missionnés par le Premier ministreJuillet 2026Dans un rapport sur la sécurité économique, une réforme introduisant une « mécanique de capitalisation », sans chiffrage
Philippe Brun, député PS candidat à la primaireAoût 2026« Un système mixte avec beaucoup de capitalisation », par un fonds public géré par les syndicats et doté de 15 milliards d’euros par an
Sophie Binet (CGT)Septembre 2026Contre : « une ligne rouge »

Ces propositions viennent surtout de la droite, du centre et des milieux économiques : la gauche plaide dans sa grande majorité pour poursuivre la répartition, et Philippe Brun y fait figure d’exception. La plupart de ces propositions ajoutent un étage à la répartition, parfois obligatoire, souvent sous la forme d’un fonds collectif ou public. Aucune ne propose de la remplacer entièrement par des comptes individuels.

Les montants varient beaucoup. Le fonds souverain de Bruno Retailleau viserait 1 000 milliards d’euros, soit 2,4 années de dépenses de retraite ; celui de Philippe Brun, alimenté par 15 milliards par an, viserait 700 milliards en 2050. Philippe Brun et les trois députés missionnés veulent aussi orienter ces fonds vers l’industrie française, ce qui, comme l’avait relevé Olivier Blanchard devant le COR, peut en réduire le rendement.

Pour un salarié actif, rien ne change à court terme : aucune de ces propositions n’est votée, et la plupart se présentent comme un complément à la répartition. Si l’une d’elles aboutissait après 2027, il faudrait la financer par une cotisation nouvelle, par de l’argent public ou en prenant une part des cotisations actuelles, ce qui reposerait la question de la double contribution.

Un fonds de retraite public est-il à l’abri de l’État ?

Pas forcément, et la France en a fait l’expérience. Créé en 1999, le Fonds de réserve pour les retraites devait accumuler 150 milliards d’euros à l’horizon 2020, pour aider à payer les pensions entre 2020 et 2040.

Après la crise financière, la réforme de 2010 a changé sa mission : le fonds ne reçoit plus de recettes et finance depuis 2011 le remboursement de dettes des régimes de retraite, par l’intermédiaire de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades). Il a déjà versé 3,6 milliards d’euros de plus que tout ce qu’il avait reçu, et doit encore 1,45 milliard par an à la Cades jusqu’en 2033, soit 11,6 milliards à prendre sur ses 20,7 milliards. Aucune de ses réserves n’est plus destinée aux pensions.

Ce précédent ne condamne pas l’idée d’un fonds public, puisque ses placements lui ont permis de rendre plus qu’il n’avait reçu. Mais il rappelle qu’une loi peut en changer l’usage en cours de route, alors qu’un tel fonds se construit sur des décennies.

Retraite par capitalisation : que faire à titre individuel ?

Vos cotisations retraite sont obligatoires et ne peuvent pas être placées ailleurs : l’écart calculé par le simulateur mesure ce qu’elles auraient pu rapporter, pas une somme qu’on vous doit. Ce qui dépend de vous, c’est d’épargner en plus pour compléter votre future pension.

Commencez par estimer ce qui vous manquera. Votre taux de remplacement, la part de votre dernier salaire que la pension remplace, va de 40 % à 92 % selon les profils. Dans le cas type, le dernier salaire atteint 2 855 € net avec la progression de carrière, soit 2 630 € après impôt, face à une pension de 1 911 € : il manque 719 € par mois.

Pour retrouver l’intégralité de votre dernier salaire après impôt, il faut épargner 376 € par mois dès 40 ans avec les frais d’un fonds indiciel, et 517 € avec ceux d’un PER moyen, en supposant des retraits non imposés. Le simulateur refait ce calcul sur votre salaire, et combien épargner chaque mois dépend surtout de l’âge auquel vous commencez.

Avant de placer, regardez aussi votre relevé de carrière. Le rachat de trimestres porte sur les années d’études supérieures et les années où vous avez validé moins de quatre trimestres. Il permet d’en ajouter jusqu’à 12, soit pour réduire la décote, soit pour augmenter aussi la durée prise en compte dans le calcul.

Pour l’épargne elle-même, trois enveloppes servent à cela, et Gustav ne vend aucune d’elles :

  • le PER bloque l’argent jusqu’à la retraite, sauf exceptions comme l’achat de la résidence principale. Vos versements réduisent votre revenu imposable dans certaines limites, en contrepartie d’une imposition à la sortie ; l’épargne se récupère en capital ou en rente, et elle est investie par défaut en gestion pilotée, qui réduit la part en actions à l’approche du départ ;
  • l’assurance-vie laisse l’argent disponible et offre un cadre favorable à la transmission ;
  • le PEA, plan d’épargne en actions, investit dans des actions européennes ou dans des fonds qui en détiennent plus de 75 %, avec une fiscalité allégée après cinq ans, dans la limite de 150 000 € de versements.

Lire aussi : PEA ou assurance-vie : lequel choisir en 2026 ?, pour comparer les deux enveloppes de long terme les plus utilisées.

Conformité et transparence

À savoir

Cet article s’appuie sur les données publiques disponibles au 11 septembre 2026 : rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites de juin 2026 et dossier de sa séance du 18 décembre 2025, rapport 2026 de l’Observatoire des produits d’épargne financière, statistiques de l’OCDE sur l’épargne retraite. Les montants du cas type et de ses variantes sont issus du simulateur retraite de Gustav : ce sont des simulations en euros d’aujourd’hui, sensibles aux hypothèses affichées, qui donnent des ordres de grandeur et non des garanties.

Les positions politiques citées sont celles exprimées aux dates indiquées et peuvent évoluer. Cet article ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée : investir comporte un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Gustav ne commercialise aucun plan d’épargne retraite et ne perçoit aucune rémunération des organismes cités.

Questions fréquentes sur la retraite par capitalisation

La retraite par capitalisation est-elle obligatoire en France ?

Pas pour la plupart des salariés. Elle l’est pour les fonctionnaires, avec la retraite additionnelle de la fonction publique, pour les pharmaciens libéraux, et pour les salariés dont l’employeur a mis en place un PER d’entreprise obligatoire. Dans ce dernier cas, les versements obligatoires ne peuvent sortir qu’en rente.

Que devient mon épargne retraite si l’assureur fait faillite ?

Dans un PER ou une assurance-vie ouverts auprès d’un assureur, elle est garantie jusqu’à 70 000 € par assuré et par société d’assurance, quel que soit le nombre de contrats. Au-delà, le risque existe : une épargne importante gagne à être répartie entre plusieurs assureurs.

Une retraite par capitalisation se transmet-elle à ses proches ?

Oui, tant que le capital n’a pas été converti en rente. Si vous décédez avant d’avoir débloqué votre PER, les sommes vont à vos bénéficiaires ou à vos héritiers ; pour un PER ouvert auprès d’un assureur et un décès avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d’un abattement de 152 500 € avant tout prélèvement. Une rente viagère déjà en cours, elle, s’arrête à votre décès, sauf si vous aviez choisi la réversion.

Peut-on sortir son PER en capital plutôt qu’en rente ?

Oui, pour les versements volontaires : à la retraite, l’épargne se récupère en capital, en une ou plusieurs fois, en rente viagère, ou en mêlant les deux. Seuls les versements obligatoires d’un PER d’entreprise sortent forcément en rente. Mais retirer le capital vous laisse le risque de l’épuiser avant la fin de votre vie.

La capitalisation protège-t-elle du vieillissement de la population ?

En partie seulement. Un fonds n’a pas besoin de jeunes cotisants pour payer ses pensions, mais le vieillissement réduit aussi la croissance et le rendement du capital : avec moins d’actifs, l’innovation ralentit et l’épargne disponible pour investir recule. La capitalisation atténue le risque démographique sans le supprimer, et y ajoute un risque financier.

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