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Ouvrir un compte-titres au nom de son enfant prend dix minutes chez un courtier en ligne. Ce qui se joue dans ces dix minutes, en revanche, met dix-huit ans à se refermer : l’argent sort définitivement de votre patrimoine, vous n’avez plus le droit de vous en servir, et vous payez quand même l’impôt sur ce qu’il rapporte. Voici ce que la loi impose vraiment, ce que ça change à vos impôts, et pourquoi la meilleure option n’est pas toujours celle que le courtier vous propose.
En bref
– Le compte au nom de l’enfant n’est pas automatiquement le bon choix. À fiscalité annuelle identique, garder les titres sur votre propre compte et les lui donner plus tard efface l’impôt sur la plus-value ; les mettre à son nom tout de suite, non.
– C’est la seule enveloppe qui permette de détenir des actions et des fonds en son nom propre avant 18 ans. Le PEA commence à la majorité, le PER est fermé aux mineurs depuis 2024. L’assurance-vie, elle, reste ouverte.
– Le compte appartient à l’enfant. Les parents l’administrent dans son seul intérêt, et ils en répondent : l’enfant a cinq ans après sa majorité pour attaquer leur gestion.
– Vendre des titres exige toujours deux signatures : la vente d’instruments financiers est classée acte de disposition par le décret qui fixe la liste. Acheter dépend de l’origine des fonds : le virement mensuel prélevé sur vos revenus passe à une signature, l’emploi d’un capital reçu par donation ou succession en exige deux.
– Les gains remontent dans votre déclaration, au taux forfaitaire de 31,4 %. Ils gonflent le revenu de référence du foyer, celui qui décide des bourses et des aides.
Faut-il ouvrir un compte-titres à son enfant ? La réponse en 30 secondes
Trois cas, et un seul mène à l’ouverture immédiate d’un compte au nom de l’enfant.
- Vous cherchez le meilleur résultat financier. Investissez sur votre propre compte-titres et donnez les titres à votre enfant plus tard. La fiscalité annuelle est rigoureusement la même, mais la donation efface l’impôt sur la hausse accumulée : entre 3 200 et 5 400 € économisés sur une projection à dix-huit ans.
- Vous voulez que cet argent soit hors de votre portée, à l’abri d’un revers professionnel, d’un divorce, de vos créanciers, ou simplement de vous-même. Ouvrez le compte à son nom. C’est irréversible, et c’est précisément ce que vous cherchez.
- Vous voulez lui apprendre à investir. Ouvrez le compte à son nom, et parlez-lui-en. Un compte qu’il ignore n’apprend rien à personne.
Dans tous les cas, l’ordre des priorités ne change pas : le Livret A d’abord pour l’argent dont vous pourriez avoir besoin dans les trois ans, la Bourse ensuite, et seulement pour un horizon d’au moins huit à dix ans. Le compte-titres d’un enfant n’est pas une réserve de secours.
Le reste de cette page explique pourquoi, et ce que la loi impose une fois le choix fait.
Peut-on ouvrir un compte-titres pour un enfant mineur ?
Oui, sans condition d’âge ni de revenu. Le compte-titres ordinaire n’a ni plafond de versement, ni durée minimale, ni restriction sur les supports, et c’est la seule enveloppe qui permette de détenir des actions ou des ETF au nom d’un enfant. Un ETF, c’est un fonds coté en Bourse qui réplique un indice : en acheter une part revient à acheter d’un coup les centaines d’entreprises qui le composent.
Que ce soit permis ne veut pas dire que ce soit la meilleure façon d’investir pour lui, et la réponse ci-dessus explique pourquoi. Reste que si vous choisissez cette voie, autant en connaître les règles.
À partir de quel âge peut-on ouvrir un compte-titres à son enfant ?
Dès la naissance. Aucun texte ne fixe d’âge minimum pour détenir un compte-titres, et les établissements qui acceptent les mineurs ouvrent le compte sur présentation du livret de famille, parfois le jour même de la déclaration à l’état civil.
Ce qui change avec l’âge n’est pas le droit de détenir le compte, c’est le droit d’agir dessus. Jusqu’à 18 ans, l’enfant ne passe aucun ordre : ses parents le font pour lui, en qualité d’administrateurs légaux. Il ne signe rien, ne consulte rien de droit, et ne peut pas s’opposer à une décision de gestion. Cette asymétrie dure jusqu’au jour de ses 18 ans, où elle s’inverse d’un coup.
Le compte-titres est-il la seule enveloppe boursière ouvrable avant 18 ans ?
Pour détenir des titres en direct, oui. Les deux autres portes sont fermées.
Le PEA d’abord. Malgré son nom, le PEA jeune commence à la majorité : il s’adresse aux 18-25 ans encore rattachés au foyer fiscal de leurs parents, avec un plafond de versements de 20 000 € qui passe à 150 000 € une fois le rattachement terminé. C’est un dispositif pour jeune adulte, pas pour enfant.
Cette fermeture coûte quelque chose, et il faut le mesurer maintenant pour comprendre la suite de cette page. Le PEA exonère d’impôt sur le revenu les gains retirés après cinq ans de détention : seuls les 18,6 % de prélèvements sociaux restent dus, contre 31,4 % sur un compte-titres. Un plan ouvert à 18 ans est mûr fiscalement à 23 ans. Nous y revenons plus bas, parce que la façon dont vous investissez aujourd’hui décide de ce que votre enfant pourra y loger demain.
Le PER ensuite. Il était possible d’en ouvrir un pour un enfant jusqu’en 2023 ; la loi de finances pour 2024 y a mis fin. Depuis le 1er janvier 2024, le titulaire d’un plan d’épargne retraite individuel doit avoir 18 ans révolus à l’ouverture, et les plans déjà ouverts ne peuvent plus être alimentés. Les pages qui présentent encore le PER comme une solution d’épargne pour enfant décrivent un dispositif supprimé.
Reste l’assurance-vie, qui elle est ouverte aux mineurs et permet d’investir en unités de compte. Elle ne détient pas de titres en direct, et sa souscription obéit à des règles plus strictes que celles du compte-titres : elle est qualifiée d’acte de disposition, ce qui impose la signature des deux parents.
Compte-titres, Livret A, assurance-vie : qu’est-ce qui est ouvert à un mineur ?
Le tableau ci-dessous ne dit pas quoi choisir, seulement ce qui est juridiquement accessible avant 18 ans. L’arbitrage vient plus loin, une fois la fiscalité posée.
| Enveloppe | Ouvrable à un mineur | Plafond de versements | Rémunération |
|---|---|---|---|
| Compte-titres ordinaire | Oui, dès la naissance | Aucun | Celle des marchés, sans garantie |
| Livret A | Oui, dès la naissance | 22 950 € | 1,7 % net depuis le 1er août 2026 |
| Livret Jeune | Oui, de 12 à 25 ans | 1 600 € | Au moins celle du Livret A |
| Assurance-vie | Oui, dès la naissance | Aucun | Selon les supports choisis |
| LDDS | Non, sauf mineur fiscalement autonome | 12 000 € | 1,7 % net |
| PEA et PEA-PME | Non, 18 ans minimum | 20 000 € puis 150 000 € | Celle des marchés |
| PER individuel | Non, fermé aux mineurs depuis 2024 | — | Selon les supports |
Avant de choisir un courtier, deux questions décident de tout le reste, et les deux réponses surprennent la plupart des parents : à qui appartient cet argent une fois versé, et qui paie l’impôt sur ce qu’il rapporte.
À qui appartient le compte-titres d’un mineur, et qui décide ?
Ce point commande tout le reste, et il se règle en une phrase : le compte est au nom de l’enfant, donc il est à lui. Les parents n’en sont pas propriétaires mais administrateurs légaux, un statut qui donne des pouvoirs précis, en refuse d’autres, et engage une responsabilité qui survit à la majorité de l’enfant.
Le compte appartient à l’enfant, pas à ses parents
Chaque euro versé sur ce compte quitte votre patrimoine et entre dans le sien. Définitivement. Il n’existe aucune clause de retour, aucun mécanisme de reprise, aucune possibilité de « récupérer » les fonds si votre situation change.
La conséquence est double. D’un côté, cet argent échappe à vos créanciers : il ne répond pas de vos dettes, puisqu’il n’est plus à vous. De l’autre, il vous échappe aussi. Un revers professionnel, un divorce, une dépense imprévue : le compte de l’enfant n’est pas un compte de réserve dans lequel puiser, et le faire vous expose à devoir rendre des comptes.
Un point à ne pas confondre, parce qu’il revient souvent : si le compte de l’enfant contient des parts de foncières cotées ou de SCPI, leur valeur entre dans l’assiette de votre impôt sur la fortune immobilière. L’article 965 du Code général des impôts y intègre les biens immobiliers des enfants mineurs dont les parents ont l’administration légale. Un portefeuille d’actions ou d’ETF actions, lui, n’est pas concerné.
Que peut faire un parent seul, et que faut-il faire à deux ?
La règle est écrite noir sur blanc, et elle est plus fine qu’un simple « il faut l’accord des deux parents ». Quand les deux parents exercent l’administration légale en commun, chacun est réputé, à l’égard des tiers, avoir reçu de l’autre le pouvoir de faire seul les actes d’administration. La présomption s’arrête là : elle ne couvre pas les actes de disposition, qui exigent les deux signatures.
Reste à savoir de quel côté tombe chaque opération. La logique tient en une phrase : un acte d’administration fait vivre le patrimoine sans le mettre en jeu, un acte de disposition l’engage durablement. Encaisser un dividende ne coûte rien à personne ; vendre une ligne fait sortir un bien du patrimoine de l’enfant. Le reste ne se devine pas, il se lit dans l’annexe du décret qui fixe la liste, et le résultat est contre-intuitif.
| Opération sur le compte de l’enfant | Classement | En pratique |
|---|---|---|
| Ouvrir son premier compte ou livret | Acte d’administration | Un parent suffit |
| Ouvrir tout nouveau compte ou livret | Acte de disposition | Les deux parents |
| Placer des sommes qui ne sont ni des capitaux ni des excédents de revenus | Acte d’administration | Un parent suffit |
| Placer un capital ou des excédents de revenus | Acte de disposition | Les deux parents |
| Encaisser les dividendes et les coupons | Acte d’administration | Un parent suffit |
| Vendre des instruments financiers | Acte de disposition | Les deux parents |
| Clôturer le compte | Acte de disposition | Les deux parents |
La distinction entre « capital » et « sommes qui n’en sont pas » se joue sur la nature du versement, pas sur son montant. Un versement régulier prélevé sur vos revenus courants n’est pas un capital, quel qu’en soit le rythme : 50 € ou 300 € par mois restent du revenu que vous réorientez. Un capital, c’est une somme qui arrive d’un coup et d’ailleurs : un héritage, une donation d’un grand-parent, la vente d’un bien, une prime exceptionnelle.
Traduit en gestes du quotidien : le virement mensuel s’investit à une signature, les 10 000 € reçus de la grand-mère à deux.
Dans la pratique, cette subtilité a peu d’effet, et il faut le dire tout de suite pour vous épargner un faux espoir : la quasi-totalité des enfants a déjà un Livret A, donc le compte-titres n’est jamais leur premier compte, donc son ouverture bascule du côté des deux signatures. Et les courtiers demandent de toute façon les deux, quelle que soit la qualification. Retenez plutôt la règle inverse, qui est celle qui vous servira : sur le compte d’un enfant, on signe à deux, sauf pour les gestes de gestion courante.
Quand faut-il l’autorisation du juge des tutelles ?
Il existe un troisième étage, au-dessus des deux signatures. Certaines opérations sur des titres exigent l’accord préalable du juge, même lorsque les deux parents sont d’accord entre eux.
Le texte vise l’acte qui « engage le patrimoine du mineur pour le présent ou l’avenir par une modification importante de son contenu, une dépréciation significative de sa valeur en capital ou une altération durable des prérogatives du mineur ». Traduit : une opération qui change la nature du portefeuille, en ampute sérieusement la valeur, ou prive durablement l’enfant de ses droits. Aucun seuil chiffré, aucun pourcentage : c’est une appréciation au cas par cas, et le juge compétent est celui du tribunal judiciaire du domicile de l’enfant.
Concrètement, arbitrer une ligne parmi vingt ne pose aucun problème. Liquider l’intégralité du portefeuille pour changer de stratégie, en revanche, coche les trois critères d’un coup. Entre les deux, le doute profite à la prudence : un juge saisi pour rien ne coûte que du temps, un acte accompli sans autorisation quand elle était requise peut être annulé pendant cinq ans après la majorité de l’enfant.
Peut-on utiliser l’argent du compte pour l’enfant avant ses 18 ans ?
Oui, et c’est même la seule raison valable d’y toucher. L’administrateur légal gère « dans le seul intérêt du mineur » : financer ses études supérieures, son permis, son premier logement étudiant ou un traitement médical entre parfaitement dans ce cadre. Vendre des titres pour cela n’a rien d’irrégulier, à condition de respecter les deux signatures et, pour un mouvement de grande ampleur, de passer par le juge.
Ce qui est interdit, c’est l’usage détourné : payer les vacances de la famille, combler un découvert, financer des travaux dans la maison des parents. Ces dépenses profitent au foyer, et le fait que l’enfant en bénéficie indirectement ne suffit pas à les justifier.
La frontière est plus étroite qu’il n’y paraît sur les dépenses courantes. Nourrir, entretenir et éduquer son enfant est une obligation qui pèse sur les parents et se finance sur leurs revenus, pas sur le capital de l’enfant. La distinction n’a rien de théorique : elle décide de ce qui est défendable et de ce qui ne l’est pas si la gestion est un jour contestée.
Jusqu’où va la responsabilité des parents ?
Ce passage mérite d’être lu deux fois. L’administrateur légal doit apporter « des soins prudents, diligents et avisés » dans le seul intérêt du mineur. S’il manque à ce devoir, il répond de tout dommage résultant d’une faute quelconque, et lorsque l’administration est exercée en commun, les deux parents sont responsables solidairement.
Le délai de contestation ne court pas pendant la minorité. L’action se prescrit par cinq ans à compter de la majorité de l’enfant : autrement dit, il a jusqu’à ses 23 ans pour demander des comptes sur la façon dont son portefeuille a été géré.
S’y ajoute une possibilité rarement activée mais réelle : le juge peut exiger que les administrateurs remettent chaque année un compte de gestion au greffe, puis, dès que l’enfant a 16 ans révolus, à l’enfant lui-même.
Rien de tout cela n’interdit d’investir en actions pour un enfant, et personne n’a jamais été condamné pour avoir acheté un ETF monde. Ce qui s’apprécie, c’est la cohérence entre le placement et l’horizon. Concentrer le portefeuille d’un enfant de 16 ans sur une seule valeur alors qu’il aura besoin des fonds pour ses études dans deux ans est une décision qui se défend mal.
À qui vont les revenus du compte avant les 16 ans de l’enfant ?
Une exception vient réconcilier deux choses qui paraissent contradictoires : cet argent n’est plus le vôtre, mais ce qu’il produit vous revient. Ce droit porte un nom, la jouissance légale, et il fonctionne comme un usufruit accordé aux parents sur les biens de leur enfant.
Il s’éteint tôt. Le droit de jouissance cesse dès que l’enfant a seize ans accomplis, ou plus tôt s’il se marie, ou si l’autorité parentale prend fin. Passé cet anniversaire, les dividendes du compte reviennent intégralement à l’enfant, et les parents n’ont plus aucun droit dessus.
Ce droit n’est pas gratuit : il vient avec les charges d’un usufruitier et l’obligation de contribuer à l’entretien et à l’éducation de l’enfant à proportion de sa fortune. Et il connaît des exclusions. Il ne porte ni sur les biens que l’enfant acquiert par son travail, ni sur ceux qui lui sont donnés ou légués sous la condition expresse que ses parents n’en jouiront pas. Cette dernière clause, glissée dans une donation, suffit à mettre les revenus hors de portée des parents dès le premier euro. Nous y revenons dans la partie consacrée au pacte adjoint.
En pratique, la plupart des familles ne perçoivent jamais ces revenus : elles les laissent se réinvestir sur le compte. C’est un choix libre, pas une obligation. Mais qu’ils soient encaissés ou réinvestis ne change rien à la question suivante, qui est celle de l’impôt.
Lire aussi : Compte-titres ordinaire : ce qu’il contient, ce qu’il coûte, à qui il appartient pour le fonctionnement général, hors cas du mineur.
Quelle fiscalité pour le compte-titres d’un enfant mineur ?
C’est le point sur lequel vous trouverez tout et son contraire : la moitié des pages écrit que les gains sont imposés « au nom de l’enfant », l’autre qu’ils remontent chez les parents. Les deux formulations décrivent la même règle, mal exprimée. Les gains sont bien ceux de l’enfant, mais ils sont imposés dans le foyer fiscal auquel il est rattaché, c’est-à-dire le vôtre, à votre taux, sur votre déclaration.
Qui paie l’impôt sur les gains du compte de l’enfant ?
Vous. Un enfant mineur est compté à charge dans le foyer fiscal de ses parents, et ses revenus s’ajoutent aux vôtres. Dividendes, coupons et plus-values de cession suivent exactement le même chemin que s’ils avaient été encaissés sur votre propre compte.
Le taux par défaut est le prélèvement forfaitaire unique, à 31,4 % en 2026 : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Ce chiffre est celui qui a changé au 1er janvier 2026, et beaucoup de pages affichent encore 30 %. Le détail de son calcul et de son calendrier de paiement est dans notre guide de la fiscalité du compte-titres.
Attention à une mécanique qui surprend au premier dividende. Si le courtier est français, il prélève à la source 12,8 % d’acompte au moment du versement, plus les prélèvements sociaux. Cet acompte n’est pas l’impôt définitif : il vous revient au moment de la déclaration. Vous pouvez même le refuser à l’avance, si le revenu de référence du foyer est inférieur à 50 000 € pour une personne seule ou 75 000 € pour un couple. La demande se fait auprès de l’établissement avant le 30 novembre pour l’année suivante : passée cette date, la dispense ne rattrape pas l’année en cours, elle se prépare pour la prochaine.
Ouvrir un portefeuille au nom d’un enfant ne fait donc baisser aucune facture. Le tarif appliqué est celui du foyer, pas celui d’un contribuable sans revenu.
Peut-on faire imposer l’enfant séparément ?
Non, pas si c’est vous qui avez alimenté le compte. C’est la fausse bonne idée la plus répandue sur ce sujet, et elle mérite trois lignes plutôt qu’un espoir.
L’option existe bien : le Code général des impôts permet de demander l’imposition distincte d’un enfant qui dispose de revenus tirés de son travail ou d’une fortune indépendante de celle de ses parents. Mais la doctrine fiscale la refuse quand les revenus viennent de versements faits par le parent hors de toute obligation légale, ce qui est exactement le cas d’un compte-titres que vous avez constitué. Elle coûterait en prime la part de quotient familial correspondante, c’est-à-dire une hausse immédiate de votre impôt.
La porte se rouvre le jour où l’enfant reçoit une véritable fortune indépendante, typiquement un héritage ou un capital reçu d’un grand-parent. Elle reste fermée pour un portefeuille que vous avez rempli vous-même.
Faut-il choisir le barème progressif plutôt que le taux forfaitaire ?
L’imposition séparée étant écartée, reste le seul levier disponible : le choix entre le taux forfaitaire de 12,8 % et le barème progressif de l’impôt sur le revenu, qui se matérialise par une case à cocher, la 2OP.
Le piège est qu’elle n’est pas modulable. L’option est globale : elle engage tous les revenus financiers du foyer pour l’année, les vôtres comme ceux de l’enfant, sur toutes vos enveloppes. Cocher la case pour optimiser les 200 € de dividendes du compte de votre fille, c’est aussi basculer au barème vos propres plus-values, vos intérêts et vos dividendes.
Le calcul reste favorable en dessous d’un certain taux marginal, et défavorable au-dessus. Notre guide dédié détaille le point de bascule entre la flat tax et le barème, avec l’abattement de 40 % sur les dividendes et la CSG déductible, qui déplacent la frontière plus qu’on ne le croit.
Et si l’année est perdante ?
Une vente en perte produit une moins-value, et cette moins-value n’est pas perdue. Elle s’impute d’abord sur les plus-values de même nature réalisées la même année par n’importe quel membre du foyer, puis, si elle n’est pas absorbée, se reporte sur les dix années suivantes.
Le point utile ici : puisque l’enfant est dans votre foyer, sa perte compense vos gains. Une ligne vendue à perte sur son compte réduit l’impôt dû sur une plus-value réalisée sur le vôtre, dans la même déclaration. La réciproque vaut aussi. L’ordre d’imputation et le suivi du stock sont expliqués dans notre guide des moins-values boursières.
Quel effet sur le revenu fiscal de référence, les bourses et les aides ?
Il reste un effet de bord qui coûte parfois plus cher que l’impôt lui-même. Les gains du compte de l’enfant gonflent le revenu fiscal de référence du foyer, souvent abrégé en RFR : c’est le montant que l’administration inscrit en tête de votre avis d’imposition, et que la plupart des organismes sociaux utilisent comme critère unique.
Ce chiffre commande l’accès aux bourses de collège et de lycée, aux bourses de l’enseignement supérieur, aux aides au logement, à la prime d’activité, aux tarifs de cantine et de crèche calculés au quotient familial, et à l’éligibilité au Livret d’épargne populaire. Un franchissement de seuil ne coûte pas quelques euros : il fait basculer d’un échelon à l’autre, parfois d’un droit à zéro.
L’effet ne se produit qu’à la vente ou au versement d’un dividende, jamais sur une hausse qui reste sur le papier. C’est un argument concret contre les arbitrages fréquents, et en faveur des fonds dits capitalisants, qui réinvestissent leurs revenus au lieu de les verser : rien n’est encaissé, donc rien n’est imposé, donc rien ne remonte dans le revenu de référence tant que vous ne vendez pas. Un fonds distributeur fait l’inverse, et vous impose chaque année sans que vous ayez rien décidé.
Comment déclarer le compte-titres d’un enfant mineur ?
Il n’y a pas de déclaration à part. C’est vous qui déclarez, sur votre propre déclaration, en même temps que vos revenus.
| Ce qui arrive sur le compte de l’enfant | Où ça atterrit |
|---|---|
| Dividendes et intérêts, courtier français | Cases 2DC, 2TS ou 2TR, pré-remplies |
| L’acompte de 12,8 % déjà retenu par le courtier français | Case 2CK, crédit d’impôt |
| Plus-value de cession | Case 3VG, jamais pré-remplie |
| Perte de cession | Case 3VH |
| Le compte lui-même, s’il est tenu hors de France | Formulaire 3916-bis, un par compte, chaque année |
La case 2CK n’est pas un revenu, c’est le pendant de l’acompte évoqué plus haut : elle reprend les 12,8 % que le courtier français a déjà retenus au moment du versement, et ce montant s’impute sur l’impôt dû, l’excédent étant restitué. Elle est normalement pré-remplie ; si elle est vide alors que l’imprimé fiscal du courtier porte un montant, le foyer paie une seconde fois un acompte déjà versé.
Deux pièges méritent d’être signalés. La plus-value n’est jamais pré-remplie, même chez un courtier français : c’est à vous de la calculer et de la saisir, y compris pour le compte d’un enfant de trois ans. Et si le compte est tenu à l’étranger, l’obligation de déclaration porte sur l’existence même du compte, vide ou inactif, sous peine d’une amende de 1 500 € par compte et par année. Le parcours complet est détaillé dans notre guide de la déclaration d’un compte-titres.
Compte-titres au nom de l’enfant ou sur le vôtre : que faut-il choisir ?
Maintenant que la fiscalité est posée, la vraie question apparaît, et ce n’est pas celle du courtier. Vous pouvez investir pour votre enfant de deux façons : ouvrir un compte à son nom, ou investir la même somme sur votre propre compte-titres et lui transmettre les titres plus tard. Les deux chemins mènent au même portefeuille. Ils n’ont ni le même coût fiscal ni les mêmes conséquences.
Combien peut valoir un compte-titres ouvert à la naissance ?
Avant d’arbitrer, un ordre de grandeur, parce que tout ce qui précède reste abstrait sans un chiffre. Prenons 100 € versés chaque mois de la naissance à la majorité, soit 21 600 € versés sur 216 mois.
| Support | Valeur à 18 ans | Gain | Après impôt à la sortie |
|---|---|---|---|
| Livret A à 1,7 % | 25 250 € | 3 650 € | 25 250 € (exonéré) |
| ETF capitalisant à 5 % par an | 34 920 € | 13 320 € | 30 740 € |
| ETF capitalisant à 6 % par an | 38 735 € | 17 135 € | 33 355 € |
| ETF capitalisant à 7 % par an | 43 070 € | 21 470 € | 36 330 € |
Trois hypothèses à garder en tête, parce qu’elles portent tout le tableau. Le rendement y est constant, ce qui n’arrive jamais dans un sens comme dans l’autre. Le Livret A y reste à 1,7 % pendant dix-huit ans, alors que son taux est révisé deux fois par an : c’est une commodité de calcul, pas une prévision.
Et aucun frais n’est déduit : nous verrons plus bas qu’ils peuvent peser lourd sur un petit compte, ce qui réduit l’écart sans l’annuler. Les colonnes après impôt supposent enfin une vente en une fois à 18 ans, au taux forfaitaire ; sur un fonds capitalisant, rien n’est imposé avant cette vente.
Cela posé, l’ordre de grandeur est celui qui compte : à 6 % par an, l’écart net avec un Livret A rempli au même rythme approche 8 100 €, soit une année d’études. C’est ce qui justifie de regarder la Bourse pour un horizon de dix-huit ans. Notre simulateur compte-titres permet de refaire ce calcul avec vos propres montants et votre tranche d’imposition.
Pourquoi l’impôt annuel est le même dans les deux cas
C’est le point de départ de l’arbitrage, et il élimine d’emblée l’argument le plus souvent avancé pour ouvrir un compte au nom de l’enfant.
Si le portefeuille est au nom de l’enfant, ses gains remontent dans votre déclaration, à votre taux. S’il est sur votre compte, ses gains sont les vôtres, à votre taux. Un dividende de 300 € coûte exactement 94,20 € d’impôt dans les deux cas. Il n’y a pas de tranche d’enfant, pas d’abattement supplémentaire, pas de déclaration séparée.
Autrement dit, l’année courante ne départage rien. Tout se joue le jour où les titres sont vendus.
Ce que le compte au nom de l’enfant fait perdre : l’effacement de la plus-value
Le mécanisme qui décide de tout tient en une règle fiscale.
Une transmission à titre gratuit n’est pas une vente. Elle ne déclenche donc aucun impôt sur la plus-value, et surtout, le bénéficiaire reprend les titres à leur valeur du jour de la donation comme prix d’acquisition. La hausse accumulée depuis l’achat disparaît de l’assiette imposable, définitivement. C’est le seul avantage que le compte-titres possède et que ni le PEA ni l’assurance-vie n’offrent : il se donne.
Appliqué à notre projection, l’écart est net. Sur le chemin A, vous ouvrez le compte au nom de l’enfant à la naissance. À 18 ans, le portefeuille vaut 38 735 € et porte 17 135 € de hausse jamais encore imposée. Le jour où il vendra, la note tombe : 5 380 € au taux forfaitaire. S’il est alors étudiant sans revenu et qu’il opte pour le barème progressif, l’impôt sur le revenu s’efface, mais les 18,6 % de prélèvements sociaux restent dus quoi qu’il arrive, soit 3 187 € au minimum.
Sur le chemin B, vous investissez la même somme sur votre propre compte-titres, puis vous lui donnez les titres à sa majorité. Le portefeuille vaut le même montant, mais la donation ramène son prix d’achat de référence à 38 735 €, la valeur du jour. S’il vend le lendemain, il ne doit rien du tout, prélèvements sociaux compris. La donation reste dans l’abattement de 100 000 € par parent, donc sans droits non plus.
Même portefeuille, mêmes versements, même fiscalité pendant dix-huit ans, et entre 3 187 et 5 380 € d’écart à l’arrivée. La fourchette dépend de la situation de votre enfant le jour où il vend ; son plancher, lui, ne dépend de rien. Le mécanisme complet, ses garde-fous et l’arbitrage chiffré entre donner puis vendre et vendre puis donner sont détaillés dans notre guide de la donation d’un compte-titres.
Ce qu’il fait perdre aussi : le futur PEA de l’enfant
Le second coût est moins visible et se paie plus tard.
Un PEA ne s’alimente qu’en argent. La loi ne prévoit que des versements en numéraire, et aucun mécanisme d’apport de titres. Un portefeuille construit pendant dix-huit ans sur le compte-titres de votre enfant ne peut donc pas basculer dans le PEA qu’il ouvrira à 18 ans : il faudrait tout vendre, payer l’impôt sur la plus-value, puis racheter les mêmes lignes de l’autre côté.
Sur notre exemple, cette bascule coûte les 5 380 € d’impôt, plus les frais de courtage de l’aller-retour. À l’inverse, un enfant qui reçoit à 18 ans une somme en espèces, ou qui reçoit des titres purgés de leur plus-value, peut alimenter son PEA sans frottement et démarrer le compteur des cinq ans immédiatement.
Ce point vaut d’autant plus que le PEA est l’enveloppe la plus efficace dont il disposera : après cinq ans, ses gains échappent à l’impôt sur le revenu et ne supportent que les prélèvements sociaux.
Ce que le compte au nom de l’enfant apporte vraiment
Le chemin B gagne sur le terrain fiscal. Il perd sur trois autres, et ces trois-là comptent pour beaucoup de familles.
L’irrévocabilité, d’abord, qui est un défaut pour vous et une qualité pour lui. Un compte à son nom est à l’abri de vos décisions futures, de vos difficultés financières et de vos créanciers. Le chemin B repose sur une promesse que vous vous faites à vous-même, et dix-huit ans laissent le temps à un divorce, un besoin de trésorerie ou un changement d’avis de faire disparaître l’enveloppe destinée à l’enfant.
La sécurité en cas de décès, ensuite. Si vous disparaissez avant d’avoir transmis, les titres restés sur votre compte entrent dans votre succession et se partagent entre tous vos héritiers selon les règles de la dévolution, pas selon votre intention. Le compte au nom de l’enfant, lui, est déjà à lui.
La pédagogie, enfin. Un relevé qui porte le nom de l’enfant, qu’il peut consulter à partir de l’adolescence, n’a pas le même effet qu’une ligne dans le portefeuille de ses parents. L’argument tient debout tant que le compte sert effectivement de support de discussion.
CTO enfant, CTO parent ou assurance-vie : le tableau de décision
| Compte-titres au nom de l’enfant | Compte-titres au vôtre, donné plus tard | Assurance-vie au nom de l’enfant | |
|---|---|---|---|
| Fiscalité annuelle des gains | Votre foyer, 31,4 % | Votre foyer, 31,4 % | Aucune tant qu’il n’y a pas de retrait |
| Plus-value à la sortie | Imposée chez l’enfant | Effacée par la donation | Abattement annuel après 8 ans |
| Contrôle jusqu’à 18 ans | Encadré, gestion dans son seul intérêt | Total | Encadré, deux signatures |
| Ce qui se passe à 18 ans | Il en dispose librement | Vous décidez du moment | Il en dispose librement |
| Protection contre vos aléas | Oui, sorti de votre patrimoine | Non | Oui |
| Alimentation du futur PEA | Impossible sans vendre | Possible si vous donnez des espèces | Impossible sans racheter |
| Souplesse des supports | Totale | Totale | Limitée à l’offre du contrat |
Le conseil de Gustav
Si votre seule motivation est financière, gardez les titres sur votre propre compte-titres et donnez-les au moment qui vous paraît le bon. Vous conservez le calendrier, la donation efface l’impôt sur la hausse accumulée, et votre enfant récupère un portefeuille net. Ouvrez un compte à son nom si vous cherchez autre chose que l’optimisation : mettre cet argent hors de portée de vos propres aléas, ou lui donner un support d’apprentissage qu’il verra grandir. Ce sont de bonnes raisons, mais ce ne sont pas des raisons fiscales, et il vaut mieux le savoir avant de signer que le découvrir à ses 18 ans.
Comment ouvrir un compte-titres pour un mineur ?
Si vous avez tranché pour le compte au nom de l’enfant, la démarche est simple, mais l’offre est nettement plus étroite que pour un adulte. Beaucoup d’établissements refusent les mineurs, pour des raisons de conformité et de vérification d’identité, et ceux qui acceptent ne le mettent pas toujours en avant.
Un mot sur la table qui suit, puisqu’elle arrive juste après un conseil qui vous dissuade peut-être d’ouvrir : Gustav ne touche aucune commission des établissements cités, et n’en recommande aucun. Ce tableau existe pour vous dire qui accepte les mineurs et à quel prix, y compris quand la réponse est « aucun de ceux que vous connaissez ».
Quels courtiers acceptent les mineurs en 2026 ?
Les droits de garde sont des frais annuels prélevés sur la valeur du portefeuille, simplement parce qu’il existe. Sur un compte d’enfant qui grossit pendant dix-huit ans, ils comptent autant que le prix de l’ordre.
| Établissement | Compte-titres pour un mineur | Coût d’un ordre de 1 000 € à Paris | Droits de garde |
|---|---|---|---|
| Bourse Direct | Oui, formulaire dédié | 1,90 € | 0 € sur les titres français |
| Trade Republic | Oui, compte au nom de l’enfant | 1,00 €, et 0 € en versement programmé | 0 € |
| Fortuneo | Oui, compte-titres uniquement | 3,50 € (0,35 %), gratuit sur le 1er ordre du mois sous 500 € | 0 € |
| Une banque de réseau | Oui, en agence | de 5 à 12 € selon l’enseigne | jusqu’à 0,35 % par an |
| BoursoBank | Non, quatre produits mineurs mais pas de compte-titres | — | — |
| DEGIRO | Non, arrêté en 2018 | — | — |
| Interactive Brokers | Non, 18 ans minimum | — | — |
| Saxo, XTB | Conditions non publiées pour les mineurs | — | — |
Les tarifs de cette table sont ceux du compte adulte : aucun de ces établissements ne pratique une grille spécifique aux mineurs. Le détail complet, frais de change compris, est dans notre comparatif du meilleur compte-titres.
Quels documents faut-il fournir, et qui doit signer ?
Les pièces demandées sont partout les mêmes : le livret de famille ou l’acte de naissance de l’enfant, une pièce d’identité pour chaque parent, un justificatif de domicile récent, et un RIB au nom de l’enfant ou des parents selon l’établissement.
La plupart des établissements exigent la signature des deux parents, ce qui les met à l’abri quelle que soit la qualification de l’acte. En ligne, cela se traduit de deux façons : soit le second parent reçoit un lien de signature électronique sur son téléphone, soit le dossier bascule en version papier à imprimer, signer et renvoyer. C’est le cas le plus fréquent, et c’est ce qui allonge le délai d’ouverture à une ou deux semaines au lieu de dix minutes. Prévoyez que les deux parents soient joignables le même jour.
Trois situations particulières reviennent souvent.
Parents séparés ou divorcés. Tant que l’autorité parentale reste exercée en commun, rien ne change : la séparation ne retire pas la qualité d’administrateur légal. Les deux accords restent nécessaires pour les actes de disposition, et le désaccord se règle devant le juge, saisi aux fins d’autorisation de l’acte.
Parent seul. Lorsqu’un seul parent exerce l’autorité parentale, décès ou retrait de l’autre, il administre seul et peut accomplir seul les actes de disposition. Le régime de contrôle judiciaire systématique qui existait avant 2016 a été supprimé : les pages qui décrivent une autorisation obligatoire du juge pour le parent isolé décrivent un droit abrogé. Le juge conserve la faculté d’imposer une autorisation préalable au cas par cas, au vu de la composition du patrimoine et de l’âge de l’enfant.
Conflit d’intérêts. Si l’intérêt du parent s’oppose à celui de l’enfant, typiquement quand le parent achète lui-même les titres de son enfant, le juge nomme un administrateur ad hoc pour représenter le mineur sur cette opération.
Pourquoi les frais fixes pèsent lourd sur un compte d’enfant
Un compte d’enfant démarre petit et grandit lentement. C’est exactement la configuration dans laquelle les frais fixes font le plus de dégâts, et où le classement des courtiers ne ressemble pas à celui d’un portefeuille adulte.
Une commission minimale de 5 € appliquée à un versement mensuel de 50 € représente 10 % du montant investi. Sur les premières années, ce prélèvement pèse davantage que tout ce que le choix des supports peut rapporter. C’est ce qui rend les versements programmés sans frais, ou le regroupement des achats sur deux ou trois ordres par an, décisifs sur un petit compte.
Le second poste à surveiller est le droit de garde annuel, qui n’est pas plafonné sur un compte-titres, contrairement au PEA. Une grille à 0,35 % par an prélève chaque année une part du capital, indépendamment de toute opération. Notre guide des frais d’un compte-titres chiffre chaque poste.
Peut-on transférer le compte-titres d’un enfant vers un autre courtier ?
Oui, comme celui d’un adulte, et sans vendre les titres : le transfert conserve les lignes et leur prix de revient, donc ne déclenche aucun impôt. C’est le seul point de cette page où le compte d’un mineur ne diffère pas de celui d’un majeur.
Le coût, en revanche, mérite d’être vérifié avant d’ouvrir plutôt qu’après. Les frais de transfert sortant se facturent par ligne, de 15 à 30 € chacune selon l’établissement et le lieu de dépôt des titres, et sans plafond légal, contrairement au PEA où ils sont bloqués à 15 € par ligne. Un portefeuille de dix lignes coûte donc de 150 à 300 € à déplacer. Certains courtiers d’accueil remboursent ces frais, dans une limite qu’il faut lire avant de s’engager.
Comment alimenter le compte-titres de son enfant sans problème avec le fisc ?
Un virement vers un compte qui ne vous appartient pas porte un nom juridique, et ce n’est pas « versement ». C’est une transmission à titre gratuit, autrement dit un don. La plupart des familles alimentent le compte de leur enfant pendant des années sans jamais s’en rendre compte, et dans l’immense majorité des cas cela ne pose aucun problème. Il faut simplement savoir où sont les limites.
Chaque virement sur le compte de votre enfant est un don manuel
Dès lors que les fonds quittent votre patrimoine pour entrer dans le sien, sans contrepartie, l’opération est un don manuel. Elle est parfaitement licite et n’a rien de clandestin.
Deux régimes se disputent alors la qualification, avec des conséquences très différentes. Le présent d’usage échappe totalement aux droits de mutation et ne se déclare pas. Le don manuel, lui, s’impute sur l’abattement dont vous disposez et doit être déclaré pour être opposable.
La distinction ne dépend pas du mot employé mais du contexte et du montant.
Cadeau d’anniversaire ou donation : où est la limite du présent d’usage ?
Le présent d’usage est un cadeau consenti à l’occasion d’un événement, anniversaire, Noël, réussite à un examen, naissance, et proportionné à la fortune et aux revenus de celui qui le donne. Ces deux conditions sont cumulatives : un cadeau sans occasion n’en est pas un, un cadeau disproportionné non plus.
Aucun texte ne fixe de seuil. L’usage retient un ordre de grandeur de 1 à 2 % du patrimoine ou du revenu annuel du donateur, mais l’administration et le juge apprécient au cas par cas. Un chèque d’anniversaire de 500 € passe sans discussion pour un foyer qui possède 150 000 € ; le même geste à 5 000 € ne passe plus, alors qu’il resterait proportionné pour un patrimoine dix fois supérieur.
Le point de vigilance porte moins sur le montant que sur la régularité. Un virement mensuel automatique de 100 € vers le compte-titres de votre enfant n’a aucun rapport avec un cadeau d’anniversaire : c’est une transmission organisée, qui relève du don manuel même si chaque versement est modeste. C’est le cumul, pas la fraction, que l’administration regarde.
L’abattement de 100 000 € par parent, et pourquoi les 31 865 € ne marchent pas ici
Vous avez peut-être entendu parler du don familial de sommes d’argent exonéré à hauteur de 31 865 €. Il ne s’applique pas à votre enfant mineur : le texte exige un bénéficiaire majeur ou émancipé. C’est une des confusions les plus fréquentes sur le sujet, et elle se découvre parfois au moment où elle aurait servi.
L’outil réel, lui, n’a aucune condition d’âge. Chaque parent peut donner jusqu’à 100 000 € à chacun de ses enfants sans aucun droit, et l’abattement se reconstitue tous les quinze ans. Il se compte par donateur et par bénéficiaire : un couple avec deux enfants dispose de quatre lignes de 100 000 €, indépendantes les unes des autres.
Au-delà de l’abattement, les droits suivent un barème progressif qui démarre à 5 % et grimpe par tranches ; la tranche à 20 %, qui court sur plus d’un demi-million d’euros, est celle qui concerne la quasi-totalité des familles.
Pour un compte-titres alimenté à quelques milliers d’euros par an, ce plafond ne sera de toute façon jamais atteint avant la majorité. Le vrai sujet n’est donc pas d’y échapper, c’est de garder la trace de ce qui a été donné : ces sommes viendront s’imputer sur les abattements disponibles lors des transmissions suivantes.
Faut-il déclarer les versements ?
Un présent d’usage ne se déclare pas. Un don manuel, oui : la déclaration se dépose au service des impôts au moyen du formulaire 2735, dans le mois qui suit, et le dépôt se fait en ligne depuis le 1er janvier 2026.
En pratique, personne ne déclare un virement de 100 €, et l’administration ne l’attend pas. La déclaration devient utile dès que les montants deviennent significatifs, pour une raison qui n’est pas fiscale mais familiale : elle donne une date certaine au don. Sans elle, la somme risque d’être rapportée à votre succession et de créer un déséquilibre entre vos enfants au moment du partage.
Le pacte adjoint : encadrer le don au moment où vous le faites
C’est ici que se signe la seule protection réellement efficace contre le scénario qui inquiète tous les parents, celui du portefeuille dilapidé le lendemain des 18 ans. Elle se met en place maintenant, au moment du don, pas plus tard : un don déjà fait ne se réécrit pas.
Le pacte adjoint est un écrit qui accompagne le don manuel et lui attache des conditions. Trois clauses sont utiles sur un compte-titres.
La clause d’inaliénabilité interdit au bénéficiaire de disposer des fonds avant un âge donné. La loi ne la valide que si elle est temporaire et justifiée par un intérêt sérieux et légitime, et la pratique la fixe le plus souvent à 25 ans. Protéger un jeune majeur d’une dissipation prématurée est un motif admis, à condition que la clause reste proportionnée.
La clause de remploi affecte les fonds à une destination : financer des études supérieures, un apport immobilier, un projet professionnel.
La clause d’exclusion de l’administration légale confie la gestion du compte à un tiers désigné plutôt qu’aux parents, et peut y ajouter l’exclusion de la jouissance légale, qui prive alors les parents des revenus. Cette clause est surtout utile lorsque le donateur est un grand-parent qui veut transmettre sans que les parents aient la main sur le portefeuille.
Ces clauses se rédigent, elles ne s’improvisent pas : une clause d’inaliénabilité trop longue ou sans motif sérieux tombe, et le bénéficiaire peut toujours demander au juge de l’écarter si l’intérêt qui la justifiait a disparu. Un pacte adjoint peut être rédigé sous seing privé, donc sans notaire, mais le faire relire coûte quelques centaines d’euros et vaut d’être mis en regard des sommes en jeu.
Le conseil de Gustav
Gardez une trace écrite de l’accord des deux parents, même quand tout va bien. Un simple courriel échangé avant chaque vente suffit, et il coûte deux minutes. C’est la pièce qui manque toujours quand la situation se tend : un désaccord dix ans plus tard, une séparation, ou un enfant devenu majeur qui conteste un arbitrage. Le même réflexe vaut pour l’origine des fonds : notez qui a versé quoi et quand. Ce carnet de bord n’a aucune valeur fiscale en soi, mais il transforme une discussion de mémoire en discussion sur pièces.
Que mettre dans le compte-titres d’un enfant ?
Le compte-titres n’impose aucune contrainte de support : actions, obligations, ETF, fonds, il accepte tout ce qui se négocie. La question n’est donc pas ce qui est possible mais ce qui est cohérent, et cette cohérence n’est pas seulement une affaire de bon sens patrimonial. Elle est aussi ce sur quoi votre gestion sera jugée si elle l’est un jour.
Quel horizon de placement pour un enfant ?
L’erreur la plus commune consiste à raisonner en années jusqu’à la majorité. Ce n’est pas le bon repère. L’horizon est la date à laquelle l’argent sera réellement utilisé, et elle est presque toujours plus lointaine que 18 ans : des études qui commencent à 18 et se terminent à 23, un apport immobilier vers 30 ans, parfois rien de prévu du tout.
Un enfant de deux ans dont les parents visent le financement d’études a donc un horizon de seize à vingt et un ans, ce qui laisse largement le temps d’absorber les cycles de marché. Un enfant de quinze ans dont les parents visent la même chose a un horizon de trois ans, et la Bourse n’est pas le bon endroit pour trois ans.
Ce raisonnement conduit à une conséquence pratique : la répartition qui convenait à la naissance ne convient plus à l’adolescence. C’est le seul arbitrage réellement nécessaire sur un compte d’enfant, et il se prépare plusieurs années à l’avance.
Quels supports sont accessibles sur un compte-titres ?
Tous, sans exception d’éligibilité, ce qui est précisément l’avantage du compte-titres sur le PEA : actions du monde entier, obligations, fonds monétaires, ETF de toutes zones géographiques, matières premières via des produits cotés.
Le choix entre fonds capitalisant et fonds distributeur, évoqué plus haut, pèse plus lourd sur le compte d’un enfant que sur le vôtre. Sur un horizon de quinze ans, un fonds qui réinvestit ses revenus ne déclenche aucun impôt et aucune ligne dans votre déclaration ; le même fonds en version distributrice vous en fait payer chaque année, et rogne au passage l’effet des intérêts composés.
Lire aussi : Quels ETF choisir pour son compte-titres pour choisir entre capitalisant et distribuant, et comprendre pourquoi la domiciliation du fonds change le rendement.
Ce que le devoir de prudence interdit en pratique
Souvenez-vous du devoir de gestion « prudente, diligente et avisée » et de la responsabilité solidaire évoqués plus haut. Ils n’imposent aucune liste de supports autorisés, et rien n’oblige à se limiter aux placements garantis. Ce qui s’apprécie, c’est l’écart entre le risque pris et l’usage prévu des fonds.
Trois configurations se défendent mal : la concentration du portefeuille sur une seule valeur, l’usage de produits à effet de levier, et le maintien d’une exposition élevée aux actions alors que l’échéance approche. Aucune n’est interdite en soi. Toutes deviennent difficiles à justifier devant un enfant devenu majeur qui constate que son capital a fondu.
À l’inverse, un portefeuille diversifié, investi progressivement et allégé à l’approche de l’échéance ne pose aucun problème, quelle que soit la performance obtenue. La loi sanctionne la faute de gestion, pas la baisse des marchés.
Que se passe-t-il à la majorité de l’enfant ?
Le jour de ses 18 ans, tout bascule sans qu’aucune démarche ne soit nécessaire. L’administration légale prend fin, la banque bascule le compte en compte adulte, et le titulaire récupère l’intégralité de ses droits. Ce moment se prépare, parce qu’il ne s’annonce pas.
Le compte devient le sien, sans condition ni préavis
Votre enfant peut tout vendre et tout dépenser le lendemain de son anniversaire, sans vous prévenir et sans avoir de comptes à rendre. Vous perdez tout droit de regard : plus d’accès à l’espace client, plus de droit de passer un ordre, plus de possibilité de bloquer un retrait.
Symétriquement, c’est le jour où votre propre responsabilité devient contestable. Le compteur de cinq ans démarre : jusqu’à ses 23 ans, il peut demander des comptes sur la gestion des dix-huit années précédentes.
Peut-on l’empêcher de tout dépenser à 18 ans ?
Pas après coup. Le seul levier est le pacte adjoint évoqué plus haut, signé au moment du don, avec sa clause d’inaliénabilité qui peut bloquer la disposition des fonds jusqu’à 25 ans, et sa clause de remploi qui les affecte à une destination précise.
Si aucun pacte n’a été signé, il ne reste que ce qui a toujours marché : lui en parler avant. Un jeune adulte qui découvre un portefeuille de 38 000 € le jour de ses 18 ans réagit rarement comme un jeune adulte qui a suivi sa construction pendant cinq ans et sait à quoi il est destiné. C’est l’argument pédagogique du compte au nom de l’enfant, à condition de s’en servir.
Faut-il vendre avant qu’il quitte votre foyer fiscal ?
C’est un arbitrage de calendrier, et il joue dans les deux sens.
Sur les gains, la logique est simple : tant que votre enfant est rattaché, ses plus-values sont imposées avec les vôtres. Le jour où il fait sa propre déclaration avec un revenu d’étudiant, il est seul face au fisc, et s’il choisit le barème progressif plutôt que le taux forfaitaire, la part impôt sur le revenu tombe souvent à zéro. Les 18,6 % de prélèvements sociaux, eux, restent dus dans tous les cas : ce sont des cotisations affectées à la protection sociale, pas de l’impôt, et aucun barème ne les efface. Attendre le détachement reste donc favorable, mais l’économie porte sur les 12,8 points d’impôt, pas sur la totalité.
Sur les pertes, la logique s’inverse. Rappel du mécanisme : une vente en perte ouvre un droit à déduction, utilisable pendant dix ans sur de futurs gains. Ce droit s’accumule en réserve tant qu’il n’a pas servi.
Cette réserve appartient à celui qui a subi la perte, et elle ne reste pas chez les parents quand l’enfant quitte le foyer : la justice administrative a jugé en 2020 qu’on ne peut déduire que les pertes subies par soi-même ou par un membre du foyer de l’année en cours. Si une réserve de pertes existe sur le compte de votre enfant, mieux vaut l’utiliser tant qu’il est encore rattaché plutôt que de la voir sortir avec lui.
Faut-il ouvrir un PEA à 18 ans ?
Oui, et le plus tôt possible, pour une raison qui n’a rien à voir avec le montant versé : c’est la date d’ouverture qui déclenche le compteur des cinq ans. Un plan ouvert à 18 ans avec 100 € dessus est fiscalement mûr à 23 ans, même s’il n’a été réellement alimenté qu’à 22.
Le basculement du compte-titres vers le PEA, lui, ne se fait pas. Le PEA n’accepte que des versements en argent, jamais d’apport de titres : il faut vendre, payer l’impôt sur la plus-value, transférer les liquidités et racheter. C’est le coût dont nous parlions plus haut, et c’est la raison pour laquelle un enfant qui reçoit des espèces ou des titres purgés démarre dans une bien meilleure position.
Le compte-titres n’est pas à fermer pour autant. Les deux enveloppes se cumulent, et tout ce que le PEA n’accepte pas, actions hors d’Europe, obligations, ETF non éligibles, continue de se loger sur le compte-titres. Le plafond du PEA jeune est d’ailleurs limité à 20 000 € tant que le rattachement dure.
Lire aussi : Comment fonctionne le PEA ? Le guide complet, l’enveloppe que votre enfant ouvrira à 18 ans.
À savoir
Les règles, taux et montants de cette page sont ceux applicables en octobre 2026 : prélèvement forfaitaire unique à 31,4 %, abattement de 100 000 € par parent et par enfant tous les quinze ans, Livret A à 1,7 % depuis le 1er août 2026. Les projections chiffrées supposent un rendement constant, ce qui n’arrive jamais, et donnent des ordres de grandeur, pas des garanties. Elles ne constituent pas une recommandation d’investissement. La qualification d’un acte en administration ou en disposition et la rédaction d’un pacte adjoint dépendent de votre situation : faites-les vérifier par un notaire avant de vous engager.